Amétyst – des progrès insuffisants, selon la Cour des comptes

Source : La tribune – Le 08/02/17 par Anthony Rey

Dans son rapport annuel publié le 8 février, la Cour des comptes souligne « l’échec rapide » de l’usine de méthanisation de Montpellier, dès sa mise en route en 2008. Selon la lecture du rapport faite par la Chambre régionale des comptes Occitanie, l’équipement a coûté deux fois trop cher, tant en construction qu’en exploitation. Ce que conteste la Métropole.

Dans le rapport public annuel publié par la Cour des comptes, le 8 février, l’usine de traitement des déchets de la métropole montpelliéraine, Amétyst, fait l’objet d’un dossier spécifique intitulé « Un pari sur un processus industriel complexe ». Basée à Montpellier, la Chambre régionale des comptes Occitanie en a livré, le même jour, une lecture sévère, soulignant et détaillant « l’échec rapide » de cet équipement, dès son entrée en fonction en 2008.

Des coûts sous-évalués

La chambre régionale des comptes (CRC), tout en rappelant le caractère expérimental de l’usine, souligne le « peu de retour d’expérience » dont disposaient les experts sur la technique de la méthanisation, au moment même où Montpellier Agglomération (devenue Montpellier Méditerranée Métropole) faisait pourtant ce choix. Malgré les bienfaits invoqués (un coût d’investissement inférieur de 30 % aux procédés classiques comme l’incinération, un procédé de valorisation « bio »), la CRC observe que de nombreuses difficultés d’exploitation, accumulées au long de la période 2008-2014, l’ont empêché d’atteindre à peu près tous ses objectifs initiaux.
Sur le plan industriel, le tonnage des déchets ménagers récupérés a été de 116 000 t/an, en-dessous de la capacité annoncée de 170 000 t/an. Le traitement des déchets susceptibles de réemploi a aussi été défaillant : la production de « ferrailles valorisables » a varié entre 14 % et 28 % de l’objectif (4 000 t/an) et surtout la production de compost n’a atteint que 0,5 % à 4 % de l’objectif (32 100 t).
Sur le plan financier, le budget prévisionnel établi en 2003 évaluait le coût de construction d’Amétyst à 57 M€ HT, alors que les travaux d’adaptation et de mise aux normes rendus nécessaires par ces dysfonctionnements ont gonflé la facture à 90,7 M€ HT.
Sur le plan de l’exploitation, la CRC rappelle que les dix avenants au contrat initial, imposés entre 2008 et 2013 par la collectivité pour compenser les préjudices d’exploitation allégués au délégataire, ont pesé sur le bilan financier : la rémunération globale versée par la Métropole à ce même délégataire s’est élevée à 75,2 M€ HT, soit plus du double que celle prévue dans le contrat d’exploitation (34,6 M€).

Des améliorations restant à évaluer

La CRC rappelle également qu’au vu de ces éléments, la Métropole a été amenée à résilier le contrat en décembre 2014. « Mais elle n’a pas cherché à obtenir un quelconque montant d’indemnisation », s’étonnent les magistrats de la chambre.
« Après mise en concurrence et passation d’un nouveau contrat avec le même délégataire, les travaux d’amélioration prévus par la nouvelle délégation de service public devaient permettre d’atteindre les objectifs de 2007 en fin d’année 2016, au mieux, poursuivent-ils. Cela reste à vérifier. La difficulté tient à ce que la rentabilité du procédé de méthanisation dépend de ses débouchés. Or il y a un problème avéré pour la revente de ce type de compost (qui est même interdite aujourd’hui en Europe du nord). De plus, la loi de 2015 sur la transition énergétique limite désormais la création d’unités de ce type. Enfin, il y a toujours un gros problème d’acceptabilité sociale. »
Dans ses recommandations, la CRC demande à la Métropole d’améliorer la collecte sélective de déchets, de « se donner les moyens de contrôler l’efficacité de l’usine », et de faire une nouvelle évaluation financière en intégrant l’amortissement et le coût du refus par la population locale.
La CRC admet néanmoins que l’effet positif de ces mesures d’ajustement est lié à « la capacité d’exutoire » (toutes les unités de stockage et traitement des déchets) présente sur son territoire, qui est limitée de longue date (l’Agglo exportait 150 000 t de déchets par an hors département avant la construction d’Amétyst). Or la réforme territoriale ayant confié à la Région l’élaboration d’un nouveau schéma régional de collecte des déchets (toujours en cours), toute amélioration de la capacité d’exutoire sur le territoire métropolitain est désormais liée à la finalisation de ce document.

La Métropole réagit

Contactée par Objectif, la Métropole n’a pas souhaité réagir au-delà des éléments de réponse déjà fournis à la CRC et intégrés dans ce dossier (p.24 et suivantes du document accessible sur ce lien).
Parmi les points évoqués, la collectivité fait valoir que la production d’électricité d’Amétyst s’élève 145 KWh/t, soit à un niveau comparable à l’engagement du constructeur (148 KWh/t). De même, la production de chaleur s’établit à 73 % du bilan prévisionnel, « bien supérieur à 30 % ».
S’agissant du coût financier, la Métropole souligne qu’après réévaluation à deux reprises du projet de construction, Amétyst présente désormais un des meilleurs ratios investissement/capacité de production pour les usines de traitement construites depuis dix ans : 498 €/t, contre une moyenne nationale de 704 €/t.
Sur les effets de la nouvelle DSP, la collectivité rappelle que le délégataire, même reconduit, a investi 10 M€ pour modifier l’usine et que celle-ci produit, depuis 2016, « un compost normé de très haute qualité », « commercialisé auprès d’agriculteurs engagés dans une démarche de substitution d’engrais chimiques ». Cette production atteignait 6 500 t à la fin octobre, avec un objectif de 33 000 t pour 2017, signe d’un process « arrivé à maturité ».
Au total, la Métropole rappelle que les performances énergétiques d’Amétyst ont atteint depuis quatre ans le seuil de 28 GWh, alimentant en chaleur une clinique et un quartier de 2 400 logements (les Grisettes), ce qui en ferait « une référence mondiale unique pour une unité de méthanisation ».
« L’évaluation des améliorations apportées sera faite dans un nouveau rapport de la Chambre régionale des comptes dans trois à quatre ans », se borne à commenter son président, André Pezziardi.

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